Elections en Afrique : Passer le cap des cartes électorales biométriques
Elections Cameroun, ou « ELECAM », l’organe chargé des élections au Cameroun, s’est engagé mardi 21 février à mettre en place une carte électorale biométrique. Le pays rejoint ainsi la liste grandissante des pays d’Afrique à opter pour cette méthode.
Visant à mettre fin aux irrégularités qui ont, par le passé, entaché plusieurs scrutins, l’adoption de cette disposition au Cameroun s’accompagnera d’une refonte totale des listes électorales. Le directeur d’ELECAM, Mohaman Sani Tanimou, s’y était pourtant fermement opposé le mois dernier, privilégiant la simple révision. La pression de l’opposition et de la société civile aura finalement eu raison des prétextes jusqu’ici invoqués par le dirigeant : manque de moyens, et impossibilité de procéder à une telle opération avant les élections municipales et législatives prévues en juillet de cette année. La semaine passée, le Manidem, parti politique de l’aile dure de l’opposition camerounaise avait annoncé le lancement de manifestations publiques dans les jours à venir, si l’ELECAM n’accédait pas rapidement à ses requêtes : “Le Manidem ne se contentera pas d’une simple déclaration politicienne, que certaines forces politiques utilisent comme un chantage à la négociation. Nous appelons les Camerounais à se soulever pour obtenir ces modifications. La démocratie a un prix. Les Camerounais doivent être décidés à le payer. Notre parti va prendre la tête de cette mobilisation populaire. Notre détermination est totale”, avait-il menacé. Le gouvernement se serait ainsi engagé à soutenir financièrement la mise en place de la réforme. Face à l’importance de la tâche, on peut cependant supposer que les élections de juillet connaîtront ainsi un report.
Le Burkina Faso se met également à la biométrie
Depuis quelques temps, la biométrie est également en marche au Burkina Faso. Les nouvelles cartes électorales devraient être disponibles pour les prochaines élections couplées (municipales et législatives) de 2012. En janvier dernier, c’est l’entreprise française Gemalto, qui a remporté le marché de confection des cartes, pour un coût total avoisinant les 11,6 milliards de FCFA. Leader mondial de la sécurité numérique, la société a, par le passé, déjà procédé à l’installation de la biométrie dans plusieurs pays, parmi lesquels l’Afrique du Sud ou le Bénin. Elle doit à présent mettre au point, en peu de temps, un fichier électoral fiable qui aboutira aux cartes biométriques assorties d’une photo de l’électeur et de ses empreintes digitales. La liste définitive devrait être effective aux alentours du 15 octobre.
L’initiative ne peut pas complètement empêcher la fraude électorale
Le passage à la biométrie électorale est une disposition fermement appuyée par le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) depuis déjà plusieurs années. Elle aurait vocation à fiabiliser l’identification de l’électeur, et ainsi, à éviter le vote multiple. Malgré tout, cette solution, déjà adoptée dans plusieurs pays, ne peut pas tout résoudre. A en juger la contestation des résultats et conflits post-électoraux en Côte d’Ivoire, au Togo, en Guinée, au Niger ou au Bénin, on comprend que la biométrie ne peut éradiquer ni les erreurs de départ sur les listes d’état civil, ni même les éventuelles manipulations volontaires des fichiers ou résultats. Seule la volonté des hommes peut être la base de l’organisation de bonnes élections.
Cerise ASSADI-ROCHET/stagiaire





