Chronique d’une Française à Bobo
Mon départ de France pour le Burkina était prévu depuis quelques temps. Samedi dernier, le grand jour est enfin arrivé : mon pied a foulé pour la première fois le sol africain.
Après une nuit de repos et un bon repas, j’ai quitté la capitale pour me rendre à Bobo, où je vais passer les trois prochains mois.
Pour ce trajet-là, le guide touristique du Burkina, acheté en France avant de partir, conseillait une grande compagnie de cars bien connue ici, qui serait selon eux « la compagnie la plus sûre ». La veille, j’avais donc acheté un ticket pour le bus de 10 heures. Arrivée sous le hangar qui abrite le bus, un léger doute m’anime à la vue de son pare-brise. A ce moment précis, l’Occidentale que je suis s’est en effet demandé : comment le chauffeur pourra-t-il voir la route au travers d’un pare-brise dans cet état ? Et, surtout, si cette compagnie est la plus sécurisée, qu’en est-il des autres compagnies : les chauffeurs conduisent-ils les yeux fermés, ou bien de dos ??? Si je savais faire, croyez-moi, j’aurais « tchipé »* le rédacteur dudit guide touristique ! Mais malheureusement, les Blancs ne savent pas « tchiper » (ni l’écrire, non plus, je crois ?)
Avant d’entamer ce trajet Ouaga-Bobo, une autre chose m’a frappée. Tandis que j’attends pour monter à bord du bus, je ne peux en effet m’empêcher de me sentir toute petite au beau milieu du brouhaha général. Devant la soute, un immense tas de sacs et colis de tous genres encombre une partie du hangar, si bien que les voyageurs, qui arrivent en masse, ont du mal à circuler. On me bouscule, je me déplace, je piétine, l’attente me paraît une éternité quand, d’un coup, à l’annonce du départ imminent, tout le monde se met spontanément en file. Peu habituée à ce genre de pratiques, je suis totalement prise au dépourvu. Voyant la longueur de la file, je commence alors à me demander si la compagnie n’a pas vendu plus de places assises qu’il n’y en a réellement dans le bus. Mais non. 55 places vendues exactement. 55 voyageurs à bord. J’ai le numéro 48, mais au moment où je monte, je suis persuadée que ce numéro ne sert à rien. Pourtant si. Chaque personne s’assied en réalité à la place qui lui a été attribuée.
Alors j’ai une question : pourquoi se mettre en file à l’annonce du départ, si c’est pour finalement être tranquillement assis dans le fauteuil qui vous est destiné au moment de la vente du ticket ? J’ai eu une de ces peurs !
Une fois installée à bord pourtant, l’angoisse laisse rapidement place à la sérénité. La jeune fille assise à côté de moi, par la chaleur de son accueil, me fait oublier mon inquiétude : « ça va bien ? Comment se passe la journée ? ». D’où je viens, les pare-brises des bus ne sont jamais fissurés. Malgré tout, des accidents arrivent aussi, parfois. On ne fait pas de file d’attente organisée pour monter à bord. Et les places ne sont généralement pas numérotées. En revanche, d’où je viens, cet accueil chaleureux si agréable que je rencontre partout depuis mon arrivée est peu fréquent. Pire : en France, l’inconnu qui aborde quelqu’un, en lui souhaitant la bienvenue, et en lui offrant à boire, comme ça, sans raison particulière, si ce n’est celle d’être attentionné, sera bien souvent pris pour un fou ! « Que veut-il ? Sa boisson doit-être empoisonnée, il veut attirer ma confiance pour profiter de moi ! », pensera-t-on ci et là. La méfiance existe en de telles proportions chez nous qu’elle en est étouffante.
Je suis arrivée à Bobo en vie, et sans verser une larme ! D’autres découvertes m’attendent à présent, je suis prête !
Le « tchip », en France, est le nom donné au petit bruit de la bouche que font les Africains dans des situations d’énervement, de désespoir, ou face à un événement très fatiguant
Cérix ASSADI ROCHET : Stagiaire





