Autant le dire… : La santé a un prix, mais quel prix ?
Le ministre de la Santé était à Bobo il y a environ une semaine. Un séjour qu’il avait mis à profit dans une soirée pour rendre visite aux services d’urgence et de garde dans certaines unités de santé. Si le ministre a pu constater la réalité du terrain, il est indéniable qu’il y a des choses et des faits qu’on lui a bien cachés, ou du moins, qu’on a bien pris soin de ne pas évoquer.
Quelques exemples vécus. Un de mes confrères m’appelle des Etats-Unis et me raconte cette histoire qu’il a vécue deux fois dans sa région. « Chef, j’ai mon vieux qui est à l’hôpital (Sourô Sanou) ; si vous avez du temps il faudra passer lui rendre visite et me faire le point. Il est arrivé avec mon petit frère il y a deux jours, mais je crois qu’il se porte bien ». Tant mieux ! Puis il enchaîne : « Voyez-vous chef, nous avons été obligé de l’évacuer de force sur Bobo, puisque là où il était admis, les agents de santé leur ont demandé de retourner au village parce qu’ils ont estimé qu’il allait mourir dans les deux semaines qui suivaient. Nous avons demandé en vain une autorisation de transfert sur Bobo. Alors, je ne comprends pas pourquoi des agents de santé peuvent refuser d’évacuer un malade alors que les parents ont les moyens de le prendre en charge ? ». Une fois de plus il enchaîne : « vous voyez chef, c’est la deuxième fois que la même situation nous arrive. Il y a un autre homme qui vit depuis plus de deux ans alors qu’on avait refusé de l’évacuer sur Ouagadougou prétextant qu’il allait lui aussi mourir les jours suivants ». « Qu’est-ce à dire ? » Me suis-je questionné sans réponse. N’est-ce pas là une autre forme d’euthanasie qui ne dit pas son nom ?
Un autre fait, un autre centre de santé : un neveu est admis dans un Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) dans un secteur de Bobo. Le « palu » dont il souffrait devait être assez grave. On demande de lui trouver tout de suite du Fanta à boire. Ce qui est fait. Puis, on paie un carnet de santé à 250 F CFA. Ensuite les frais de consultation à 500 F CFA. Puis vint l’ordonnance. Certains produits ont été payés en pharmacie. Mais avant l’infirmière de garde a pris soin d’indiquer que parmi les produits prescrits, il y en a qui sont « chez nous ». Le prix global de l’ordonnance remonte à environ 16 000 F CFA, y compris les produits qu’elle nous a vendus sur place. Je paie. Si ce n’est pas parce que nous sommes dans un centre de santé et dans une situation d’urgence, j’aurai refusé ces produits parce que je ne trouve pas de différence avec les médicaments de la rue. Ils ne sont vendus ni dans le dépôt pharmaceutique dont dispose le centre de santé, ni dans une autre pharmacie. D’ailleurs, où est-ce que les agents de santé trouvent-ils ces médicaments qu’ils nous revendent à des prix que personne ne connaît réellement ? Notre calvaire n’est pas fini. Il y avait des perfusions à faire. Pour chacune d’entre elle, j’ai payé encore 1 000 F C FA. Plus les frais de consultations et le carnet de santé. Finalement, je me suis retrouvé avec un net payé d’environ 20 000 F CFA. Avant de partir à la maison, je me suis une fois de plus posé la question suivante : « Combien de Burkinabé ont-ils les moyens de se faire soigner un palu à 20 000 F CFA en une soirée ? ».
Un autre exemple : au District sanitaire de Houndé dans le Tuy, c’est le Médecin chef et un de ses collègues qui revèlent dans les journaux les comportements indécents et coupables qu’ils font subir aux malades. Ce qui montre, si besoin en était, la « gangrène » qu’on peut trouver dans un tel milieu. Puisque ces pratiques ne sont pas propres à Houndé.
Si l’accueil dans nos centres de santé semble s’être amélioré depuis les sanctions contre les accoucheuses de la maternité Sylla Sanou de Bobo, d’autres comportements sont venus se substituer. Et ce prix, ce sont toujours les malades qui paient. Pour combien de temps et à quel prix ?
Dabaoué Audrianne KANI






