Autant le dire… : Ces femmes-là n’ont pas raison
Les vendeuses de légumes, du désormais ex-marché « Léguémalôgô » ne veulent pas rejoindre le nouveau marché, flambant neuf construit à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance, à près de deux milliards de F CFA pour elles. La principale et futile raison, est qu’elles vont perdre leurs clients. C’est de bonne guerre quand on sait qu’elles sont nombreuses à nourrir des familles entières avec le fruit de leur travail. Et pour marquer leur désaccord, elles sont allées s’installer à la place Wara-Wara, dans la cour de deux écoles primaires. Qui est en même temps un lieu de prière. Toutes les négociations qui ont été initiées pour les convaincre sont restées vaines. Ni le chef de canton, l’imam Siaka Sanou et autres autorités n’ont réussi à leur faire entendre raison. En tout cas jusqu’à présent. Puisque, selon elles, elles auraient le soutien d’une personnalité au plus haut niveau pour s’installer là où elles sont. En tout cas, c’est bien ce qu’elles racontent à qui veut les écouter. Cette information est bien distillée dans la ville. En outre, elles auraient le soutien d’hommes politiques de la ville qui les poussent à ne pas céder.
Dans la matinée du mardi, avec le soutien de jeunes des quartiers Dioulasso-bâ, Farakan, et Kombougou, et de quelques badauds, elles ont affronté les forces de l’ordre et de sécurité. Brûlé des pneus sur le nouveau goudron sur l’avenue Sakidi Sanou et jeté de grosses pierres sur le site de leur ancien marché pour empêcher le passage. Tout cela pour justifier leur mécontentement. Seulement, ces femmes-là doivent savoir une seule chose : elles n’auront pas raison tant qu’elles ne rejoindront pas le nouveau marché pour poser leur vrai problème.
On ne peut pas continuer d’accepter le désordre dans la ville. Surtout pas comme il se présentait sur le marché « Léguémalôgô ». Elles mènent un combat qu’elles perdront, tôt ou tard. C’est pourquoi, il est difficile de comprendre que des hommes politiques leur apportent du soutien. Il est vrai que cette situation apparaît comme du pain béni pour ces politiciens à la conscience courte pour se régler des comptes. Mais que personne n’oublie que la situation est le fruit de nos turpitudes communes. Et que quel que soit le maire qui viendra après Salia Sanou, il sera confronté à des situations du genre.
Aussi, il semble important que face à des questions d’intérêt général, qu’on puisse voir la réalité en face et l’affronter, lui trouver des solutions qui satisfassent la majorité. C’est cela qui fonde les grands peuples, les grandes communautés. Car, au-delà de toute considération politicienne, de tout ce qui peut diviser, la ville de Bobo-Dioulasso est un patrimoine national. Que des générations lointaines ont bâtie, que nous sommes nous aussi appelés à bâtir avant de passer le flambeau aux générations suivantes.
Malheureusement, ce qu’il est donné de voir en ce moment est tout simplement honteux, voir ridicule. Comme si nous avions la mémoire courte, on a tout de suite oublié que la ville a été il y a peu de temps, lourdement affectée par les mutineries du camp Ouezzin Coulibaly. D’importants dégâts matériels et des pertes en vies humaines ont même été enregistrés. Avant cela, en février 2008, des manifestations dites de la vie chère ont été l’occasion de tout saccager dans la ville. Feux tricolores, panneaux, édifices publics, bitume n’ont pas été épargnés. Jusqu’à nos jours, la ville porte les cicatrices de ces manifestations particulièrement violentes.
Si parce qu’on conteste l’implantation périphérique du marché (ce qui est faux), nous devrons nous mettre à brûler des pneus sur le goudron, à saccager des biens publics, il y a un pas qu’il ne faudrait pas franchir. Dans tous les cas, force reste toujours à la loi.
Dabaoué Audrianne KANI






