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Artisanat burkinabè. : Une vitrine d’espoir

La renommée de l’artisanat burkinabè va au-delà de nos frontières. Il constitue les traces d’un passé vivant, les empreintes d’un présent dynamique et se place désormais comme un secteur porteur d’espoir. Nous sommes allés à la rencontre de l’artisanat burkinabè en abordant les décideurs du département en charge.

Nous nous sommes aussi intéressés à un site qui est aussi aujourd’hui une grande référence en matière d’artisanat. Il s’agit du Village artisanal de Ouagadougou (VAO).

 

L’artisanat est un secteur qui a traversé les temps et se présente toujours comme un segment incompressible de nos économies et une facette émergeante du développement.

Le grand rendez-vous international qui place notre pays comme une tournante qui réunit les artisans nationaux et d’ailleurs est le SIAO. Un véritable espace du donner et du recevoir de l’artisanat. Il est biennal et est désormais cité au même titre que le FESPACO et la SNC, sinon plus.

Plusieurs régions du Burkina se reconnaissent à travers la dynamique de l’artisanat. Ainsi les régions du Sahel et du Centre Nord excellent dans l’artisanat du cuir. Le Centre émerge avec le fameux chapeau de Saponé qui en fut un élément du symbole de la CAN 98. On y travaille le bronze. La région des Haut-Bassins n’est-elle pas la zone privilégiée de la teinture ? de la broderie et de l’indigo traditionnel ?, et l’on ne peut passer sous silence les habiles fabricants d’instruments de musique comme le Djembé.

Que dire de la poterie artistique de Tchériba ,dans le Mouhoun ?

Un bol d’air de voyage entre falaises et canne à sucre vous met en contact pour l’admiration des paniers multicolores faits de fibres et feuilles des rôniers élancés de la Comoé, si on ne veut pas s’intéresser à l’extraction du bandji qui est aussi tout un art.

L’artisanat, c’est aussi les habilles doigts des femmes qui tressent, nattent ou brodent ou filent la laine. Bref, en matière d’artisanat, les plus âgés s’y retrouvent, les jeunes n’y sont pas exclus, les hommes le pratiquent avec fierté et c’est le secteur qui respecte le plus le genre, car la femme est souvent inégalable dans certaines créativités. Quand on parle d’artisanat, ceux qui souvent sont atteints d’un quelconque handicap s’y épanouissent et s’affirment comme tout le monde dans la chaîne du développement national.

On peut dire que l’artisan est un entrepreneur, il développe, occupe, distrait et égaie. Il fait baisser sensiblement le taux de chômage aussi bien en ville qu’en campagne.

 

L’artisanat, objet d’attention particulière

Selon les estimations, il y a quelques années, le Burkina comptait près d’un million d’artisans dont un tiers sont des femmes. L’artisanat contribue à 30 % du PIB. C’est conscient de ses multiples atouts que les autorités burkinabè travaillent dans le sens de la promotion artisanale.

Ainsi pour éviter que les artisans attendent deux ans pour présenter leurs productions à l’échelle internationale, un espace a été créé en 2000, il s’agit du Village artisanal de Ouagadougou. Ce site s’avère être un véritable creuset de talents et est une plate-forme idéale pour tous les artisans du pays dont il confirme la vitalité et la créativité.

 

L’artisanat, objet de soutien croissant

L’image séductrice d’un pays se vend à travers la vitrine de son artisanat. Tout comme la masse immobilière ou l’infrastructure routière ou encore l’esprit d’accueil de la population, l’artisanat parle de lui-même et peut faire parler en bien ou en mal d’un pays et de ses hommes.

L’artisanat a dépassé la conception d’un travail oisif de produits de cueillette pour s’inscrire sur les registres des entreprises vivantes et en pleine mutation. L’artisanat vit avec son temps et fait vivre des millions de personnes. Sa promotion contribue à la résolution de la récurrente équation du chômage. C’est pourquoi l’attention des décideurs et de certains partenaires croit depuis quelques années.

Des études ont montré que le Burkina est réputé pour l’artisanat du bronze, du batik, du bogolan, de la broderie, du cuir, des masques, des statuettes, des tissages et de la peinture, de la teinture et de la poterie. Cela séduit des milliers de visiteurs.

 

Les grandes perspectives de l’artisanat

Le ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat est dirigé par Patindé Arthur Kafando. Le ministre en charge de l’artisanat a confirmé tout l’intérêt que le gouvernement porte au secteur. Ainsi, il a dit que son département qui est conscient que l’artisanat emploie des millions de travailleurs, œuvre davantage à lui donner un cadre légal, particulièrement un code de l’Artisanat et une stratégie pour sa promotion.

Pour l’année 2012, le ministère veut travailler à opérationnaliser les Chambres des métiers au niveau des régions et mettra l’accent sur le renforcement des capacités des artisans.

Le Directeur général de l’Artisanat, Jean-Claude Bouda a énoncé la stratégie nationale en matière de promotion de l’artisanat. Elle comprend selon le Directeur général, quatre grands volets qui sont : l’axe de financement de l’artisanat, la promotion commerciale, la formation professionnelle, l’organisation et la structuration du secteur. Il spécifie que cette politique doit être le référentiel en matière d’intervention de l’artisanat au Burkina.

Le Directeur général a annoncé d’autres chantiers tel que l’organisation des Journées de l’artisan au cours desquelles, l’occasion sera donnée aux artisans d’échanger directement avec le chef de l’Etat. Il y a aussi l’adoption du code de l’Artisanat. Il est aussi prévu un recensement général des artisans afin de disposer des données actualisées et fiables et pouvoir dresser une cartographie de l’artisanat dans notre pays.

 

Un joyau pour tous les artisans du Burkina

On ne peut parler de l’artisanat au Burkina sans évoquer la rencontre biennale qu’est le SIAO et sans jeter un regard sur le VAO qui est devenu un site de référence en matière d’encadrement, de formation et de commercialisation des produits d’artisans.

Dans les sillages du village que nous avons visité avec plaisir, mais un peu dérouté par des panneaux d’indications badigeonnés, il se trouve qu’un petit malentendu existe entre les chefs d’ateliers présents et l’administration du village.

Il est ressorti que les 49 chefs d’entreprises dont certains ont eu le privilège d’être dans le village depuis 2000, date de son ouverture refusent le principe de rotation qui doit permettre à d’autres artisans de bénéficier des services du VAO.

 

L’histoire d’un village

L’initiative du Village artisanal de Ouagadougou est le fruit de la coopération entre le Burkina et le Luxembourg. Il a été inauguré le 28 octobre 2000 en marge des activités du SIAO de l’époque. Le site est actuellement géré par la Chambre de commerce du Burkina dont le Directeur général est le président du Conseil de gestion qui est Franck Tapsoba. L’administration est dirigée par Maurice Sama, gestionnaire de formation. Au niveau du Conseil de gestion, les artisans sont largement représentés à travers deux membres du Groupement d’intérêt économique (GIE). Tout cela permet une cohérence dans les prises de décisions.

La difficulté majeure qui existe entre l’administration et les artisans est liée au principe de la rotation. Ce principe veut que les artisans qui sont installés dans le site depuis l’ouverture et qui ont pu bénéficier de la promotion à travers la formation, l’encadrement et la commercialisation puissent céder la place à d’autres artisans. Cela tient du fait que le VAO appartient à tous les artisans du Burkina et non un groupe précis qui doit s’y éterniser.

Ce principe de rotation est bien spécifié dans le contrat qui lie le village aux artisans. Il faut noter que 49 chefs d’ateliers qui dénoncent le principe de rotation qu’ils ont eux-mêmes approuvé et signé. Pendant ce temps, près de 60 demandes sont en attentes. Ces artisans dont le contrat est expiré en fin décembre 2011, ont entrepris des activités de sabotages de l’infrastructure et c’est ce qui explique les panneaux indicatifs badigeonnés. Cependant, l’Administration et le ministère qui sont fiers des acquis de ces artisans du VAO veulent privilégier le dialogue et la concertation.

 

Quelques explications

Le gestionnaire Maurice Sama

« Les artisans actuels sont installés depuis 2000, et en 2004, le Conseil de gestion qui doit assurer la pérennité du site a adopté le principe de rotation qui est de 5 ans. Les bénéficiaires ont négocié une prolongation de 2 ans avec cette contrepartie d’un reversement des 10 % pour les charges du site. Tout compte fait en 2011, le groupe devrait quitter pour permettre à d’autres artisans de bénéficier de la formation, de la commercialisation.

Mais voilà que ces derniers refusent. Le ministère et la Chambre de commerce entreprennent un processus de négociations et demandent à ces artisans des plans de proposition afin qu’on puisse les accompagner et leur permettre de rester des partenaires du VAO ».

 

Le ministre Arthur Kafando

« Il est bien vrai qu’au début, le principe de rotation n’avait pas été arrêté. Mais par  la suite, le conseil de gestion l’a adopté avec l’assentiment des artisans qui se trouve matérialisé dans le contrat. Le VAO n’est pas un lieu ou un groupe précis d’artisans doit s’éterniser. Les bailleurs de fonds ont besoin de voir fonctionner et former plusieurs artisans. Le VAO doit permettre la formation et l’éclosion de plusieurs artisans. J’en appelle à l’esprit de compréhension des artistes car nous sommes toujours dans la logique de la concertation et du dialogue ».

Le président du Conseil de gestion, Franck TAPSOBA :

« Le principe de la rotation a été adopté sur la base d’étude et sur une base consensuelle. La Chambre de commerce travaille à la promotion des entreprises et les chefs d’ateliers de l’artisanat sont des entrepreneurs. En tant que président du Conseil, je suis fier des artisans formés dans le VAO depuis 12 ans. Ils ont évolué dans leurs spécialités. Je souhaite qu’ils continuent de prospérer. Mais je voudrais qu’ils comprennent le principe de rotation qui permet de faire bénéficier d’autres artisans, et surtout à la  jeunesse. J’en appelle à l’esprit de sagesse pour que triomphe la raison dans la concertation et le dialogue ».

Augustin KABORE